Le ressentiment

Cette fois, je propose une traduction d’une note d’un théologien moraliste américain, Thomas Bushlack, publiée le 26 septembre 2012 à propos d’une campagne menée par l’Eglise catholique au Minnesota afin d’interdire le mariage aux couples de même sexe. Cet amendement fut rejeté le 6 novembre 2012 (plus d’information sur cet amendement ). J’ai noté sur twitter et dans mon entourage un ressentiment persistant des deux côtés (je ne peux pas prétendre que j’en suis épargné) à propos du mariage pour tous. Je me suis alors souvenu de cette note qui, même écrite dans un contexte différent, apporte une lumière intéressante sur ce sujet. N’étant pas traducteur professionnel et l’ayant fait rapidement (avec l’aide de google pour la version de départ), toutes les lourdeurs, les choix malheureux de termes etc sont de ma seule responsabilité. Et je vous invite à fréquenter régulièrement l’excellent blog catholic moral theology maintenu par des membres de la jeune génération des théologiens moralistes.

 Pourquoi nous avons déjà perdu

Quelque soit l’issue du référendum en novembre sur l’amendement de MN pour définir le mariage comme étant entre un homme et une femme , l’Eglise catholique romaine a déjà perdu. Voici pourquoi :

Le paradigme culturel et politique dominant qui a poussé l’archevêque John Nienstedt et d’autres à mettre leur poids religieux, politique, et culturel derrière l’adoption de cette modification de la Constitution de l’Etat est un jeu perdant, à la fois sur le plan politique et – plus important encore – spirituel et moral. La lettre envoyée récemment à tous les catholiques vivant dans l’archidiocèse, leur demandant de soutenir financièrement [la campagne pour le oui] n’est que la dernière série d’une bataille perdue d’avance.

Le paradigme dominant dit en gros ceci : Les cultures sont façonnées et formées par les cœurs et les esprits des citoyens. Avec le pluralisme, il est impossible de trouver un accord total sur des questions comme le mariage homosexuel. D’abord, nous commençons par former les catholiques et les autres – à travers la prédication , la persuasion , etc – aux croyances et aux valeurs qui amènent à conclure que nous devrions tous voir le mariage [comme étant seulement] entre un homme et une femme. Lorsque cela ne fonctionne pas, alors nous passons [à la voie législative] et la puissance publique pour former la culture. Si nous adoptons un amendement, même si les autres ne sont pas d’accord, au moins, ils n’auront pas plus le pouvoir de faire quelque chose. L’effort [que nous menons] pour faire intervenir la puissance coercive de l’État afin de créer une culture plus «chrétienne» est précisément ce que nous entendons par les « culture wars »

Le problème est que c’est une vision erronée sur la façon dont les cultures sont formées et changent, et tous les efforts dans ce paradigme – qu’ils viennent de la gauche ou de la droite – n’ont en rien contribué à rendre la culture américaine plus chrétienne. Le sociologue chrétien, James Davison Hunter met en évidence la fausseté de cette hypothèse sur la façon de changer la culture américaine dans son dernier livre To change the world. […]

Cette approche « culture wars » (excusez l’emploi des termes techniques venant de la philosophie) favorise une notion hégélienne de l’Etat comme [étant] le lieu de la vérité et de la puissance absolues, et adhère à l’idée nietzschéenne selon laquelle tout engagement politique avec la culture n’est au fond qu’une « volonté de puissance » brutale alimentée par le ressentiment.

Maintenant, voici pourquoi – [quelque soit l’issue de la campagne] – l’Église catholique romaine a déjà perdu. La tradition morale catholique défend ce que nous appelons dans notre jargon professionnel le «réalisme moral» – cela signifie qu’il y a [une] vérité morale qui peut être connue par l’esprit humain et mise en action (quoique de façon imparfaite tant que nous vivons dans ce monde, à cause du péché, de l’orgueil, de l’erreur humaine, etc.) Mais s’engager dans les « culture wars » [revient à souscrire] à cette perspective culturelle plus large : il n’y a pas de vérité morale, et la politique est une question de pouvoir brutal alimentée par la colère et le ressentiment. Donc, si la bataille […] gagne en raison de l’ autorité de l’archidiocèse et son appui institutionnel […], on contribue dans le même temps à l’érosion des fondations des principes fondamentaux de la morale catholique sur lesquelles sont censés se baser les soutiens au référendum.

En d’autres termes, le fait même de tenter de mettre son autorité politique, morale, spirituelle et financière derrière une approche de type « culture wars » mine dans le même temps les fondements de toute notre tradition morale. Bien sûr, l’ironie est que ceux qui soutiennent ces actions croient faire exactement le contraire. Mais – en supposant [que le référendum] passe – ces actions inspireront davantage ceux qui travaillent sans relâche dans les tranchées des «culture wars» pour soutenir le référendum et stimulera [d’autres] futures campagnes clivantes. Et pour ceux qui [n’étaient pas partisans du référendum], ils se sentiront davantage isolés et spirituellement abandonnés de leur Église, et ils seront plus vulnérable au ressentiment qui détruit une vie riche de prière, d’adoration et de communion.

Si nous, les chrétiens – aussi bien les individus que les autorités religieuses – ne pouvons trouver un autre moyen, nous continuerons à nous rendre encore moins pertinents aux yeux du monde moderne, à nous enfoncer davantage dans la colère, et à être davantage obsédés par les pires aspects de la culture que nous critiquons (avec raison). Il doit y avoir un moyen de défendre la beauté et l’intégrité de la tradition intellectuelle, spirituelle et morale de l’Eglise catholique qui fait entrer les gens dans la beauté et la joie du Mystère de la mort et de la résurrection du Christ sans avoir à nourrir un profond ressentiment. Comme ma très sage belle-soeur me l’a rappelé récemment – quand j’étais au prise avec mon propre ressentiment sur certaines de ces questions – le vrai signe de l’Esprit Saint dans l’Eglise est l’Unité. Les « culture wars » ne font que diviser ceux qui essaient d’aimer le Christ et son Église de leur mieux, même au milieu des plus vifs désaccords.

 Donc nous avons déjà perdu. Il doit y avoir une autre façon d’avoir ce que Hunter appelle une « présence chrétienne fidèle » dans notre culture. Que l’Esprit Saint puisse nous éclairer…

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2 commentaires pour Le ressentiment

  1. Adrien dit :

    Merci! Voilà un pas en arrière qui fait beaucoup, beaucoup de bien ; et qui permet de comprendre un tas de trucs.

  2. Ping : Une brève remarque sur un article de FX Bellamy à propos de Gleeden | Ryosai

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