Pourquoi je marcherai cet après-midi

rainbow-flag

 

 

Aujourd’hui, nous sommes le 28 juin 2014, c’est la Gay Pride à Paris et je marcherai cet après-midi. Aujourd’hui, nous fêtons les 45 ans des émeutes de Stonewall, évènement fondateur qui donna naissance, l’année suivante, à la première Gay Pride à New York. Les Gay Pride ont donc jalonné près d’un demi-siècle d’un combat pour les droits des homosexuels.

Pourquoi nous battons-nous depuis près d’un demi-siècle ? Contrairement aux idées reçues, l’enjeu du combat n’est pas le droit à certaines pratiques sexuelles mais le droit de construire des relations affectives d’un genre particulier : tomber amoureux d’une personne du même sexe que soi et surtout « se mettre avec lui », geste qui a de fortes implications dans la vie publique. 

   Prenons le cas d’un homme et d’une femme (hétéros), ils se rencontrent, se fréquentent, tombent amoureux l’un de l’autre et au bout d’un moment se mettent en couple. C’est-à-dire vivre ensemble, être inséparables dans les activités sociales et familiales, etc. Ils ont constitué une relation qui est reconnue en soi par l’entourage (et par la société). Un exemple de cette reconnaissance : on ne peut plus inviter l’un sans l’autre pour la plupart des activités sociales.

Maintenant remplaçons l’homme et la femme par deux hommes ou deux femmes… Quelle place ont ou devraient avoir ces relations ? C’est dans cette question qu’est le combat pour les droits des gays comme l’illustre l’anecdote [1] rapportée par M. Foucault (dont nous fêtons les trente ans de sa mort) arrivé à un garçon hétérosexuel parti en vacances dans un groupe mixte : « Ils couchaient sous la tente, ils campaient. Et puis un jour, deux gars à l’extérieur sont venus les voir et le hasard a fait qu’il s’est trouvé pour la nuit couché dans le même lit ou sac de couchage qu’un des types […]. Le lendemain matin, ils sont sortis montrant que manifestement ils avaient fait l’amour ensemble. Et que non seulement ils avaient fait l’amour mais qu’ils s’aimaient, et ils l’ont montré tout au long de la journée, et très vite les réactions d’intolérance dans ce groupe, qui était pourtant gauchiste, libéré – garçons et filles couchaient ensemble, il n’y avait aucun interdit – les réactions négatives ont commencé à se multiplier, et finalement on les a foutus dehors tous les deux… […] le point où la résistance s’est faite chez les autres, ce n’était pas qu’ils aient couché ensemble, pour dire les choses crûment que l’un ait enculé l’autre, ce n’était pas ça qui était intolérable, mais c’était que le lendemain matin ils se tiennent par la main, c’était que, pendant le déjeuner, ils s’embrassent, c’était qu’ils ne se quittent plus […]« 

Nous demandons en somme le droit de vivre notre affectivité comme les autres.

Certains trouvent le combat anachronique puisqu’en France nous avons le mariage pour tous….

Pourtant en Afrique, les actes homosexuels sont pénalisés, et toute démonstration publique d’affection, tout défense des droits des homosexuels, toutes luttes contre les discriminations sont combattus comme en Ouganda ou au Nigéria

Pourtant dans d’autres pays comme la Russie.  le comportement homosexuel n’est pas puni, il est juste toléré tant qu’il ne devient pas public ou visible. S’il transgresse ces limites, on s’expose à de fortes sanctions. 

Et en France, au delà des nombreux actes d’agressions physiques ou verbales contre les homosexuels, il y a cette violence plus sourde et plus pernicieuse qui consiste à tolérer les homosexuels, c’est-à-dire les supporter comme on supporterait un mal qu’on ne peut combattre sans subir un mal encore plus grand. Cette position a été ouvertement assumée par Mme Delsol, une des cautions intellectuelles de la Manif pour tous :

« autant je suis favorable à la tolérance de l’homosexualité, autant je suis hostile à sa légitimation » [2]

Nous sommes dans la lignée de l’anecdote rapportée par M. Foucault. Donnons un exemple de cette tolérance qui se refuse à reconnaître « légitime » l’homosexualité ou plutôt les relations affectives homosexuelles. Je connais quelqu’un qui est en couple depuis plus de dix ans. Depuis le début, ses parents font comme si cette relation qui compte tant  pour lui et qui l’aide à croître en humanité n’existe pas. Jamais ils n’invitent l’autre, jamais ils n’évoquent l’existence de l’autre. Sa vie affective ne peut et ne doit exister pour sa famille tant qu’il sera « hors des clous ». Cette situation est loin d’être exceptionnelle (en particulier dans l’Eglise catholique.) Pour ces gens, simplement ne pas se cacher d’être dans une relation amoureuse avec une personne du même sexe ou même simplement d’en être et de ne pas avoir honte est « un comportement de promotion et de publicité active » [3] Dans cette logique, toute discrimination envers l’homosexuel qui ne se cache pas est évidemment juste [4] puisque lui accorder une place publique revient à « légitimer » l’homosexualité. Beaucoup de gens le pensent encore en France.

Ces gens qui nous font marcher en disant, la tolérance oui, la légitimation non ! C’est grâce à eux que je marcherai cet après-midi.

[1] T. Voeltzel : Vingt ans après (P.124)

[2] dans le débat entre Chantal Delsol et Frigide Barjot publié dans le Figaro.

[3] paragraphe 116 dans l’Instrumentum Laboris pour le synode d’octobre 2014 consacré à la famille.

[4] Lire par exemple ce document de la Congrégation pour la Doctrine de la Foi, en particulier les paragraphes 11 à 14. Pour les conséquences que ça entraîne dans d’autres pays bien moins tolérants, voir mon billet.

Et tous mes remerciements à Nils pour sa relecture amicale et ses suggestions.

Cet article a été publié dans Uncategorized. Ajoutez ce permalien à vos favoris.

2 commentaires pour Pourquoi je marcherai cet après-midi

  1. une catho progressiste dit :
  2. Manuel Atréide dit :

    @ l’auteur,

    bon billet bien écrit. Je co-signerais bien le propos. Nous avons peut être commis une erreur toutes ces années, en demandant la tolérance, en faisant son apologie. On ne tolère jamais que ce qu’on n’accepte pas vraiment.

    Je préfère parler de respect. C’est plus dur à obtenir, on doit le construire pas à pas, mais c’est une base plus solide pour bâtir une relation stable avec le vaste monde.😉

    Cordialement, M.

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s