Une brève remarque sur un article de FX Bellamy à propos de Gleeden

Il s’agit plus d’un « tweetlonger » qu’une note proprement dite pour essayer de faire comprendre à mes followers sur Twitter les raisons de mes réticences sur l’action des AFC contre Gleeden. Il faut donc lire cette note comme une réaction rapide avec ses limites.🙂

Il y a quelques jours, FX Bellamy a réagi sur l’affaire Gleeden. Entre autres, on pouvait lire ceci :

« Et puis la deuxième chose, c’est que la liberté d’expression, à l’intérieur d’une société, ne peut jamais être pensée sans limites. C’est impossible. Et à force de promouvoir sans cesse une liberté d’expression qui ne serait pas responsable, qui ne s’accompagnerait pas de limites authentiques et qui soit pensée en commun, à force de promouvoir une liberté d’expression absolue et dépourvue de toute forme de responsabilité, on ne peut que détruire de l’intérieur cette même liberté d’expression.  »

C’est exactement à cause de ce genre de réflexion que je suis très réservé  aussi bien sur les actions que sur ces militants. Quel est le problème dans cet extrait ?

FX Bellamy dépeint une société où la liberté d’expression serait sans limite et appelle de ses voeux une liberté d’expression accompagnée de limites authentiques et qui soit pensée en commun. Cette description est à la fois purement et simplement fausse et révélatrice du (possible) danger que posent ces gens. En effet, la liberté d’expression dans notre société est accompagnée de limites : nous pouvons être poursuivis et condamnés pour injures, diffamation, incitation à la haine, etc. De plus, ces limites font l’objet d’un certain consensus et on peut dire qu’ils ont été pensées en commun (il suffit de lire n’importe quel bouquin d’histoire des idées des deux derniers siècles pour s’en convaincre). On peut ne pas être d’accord avec ces limites ou les trouver insuffisantes mais il est factuellement faux de dire que les limites n’existent pas ou que la liberté d’expression qui règne actuellement n’a pas été « pensée en commun ».

FX Bellamy a sa propre théorie de la liberté d’expression et se plaint en fait que la société ne la reconnaisse pas. Bien plus, selon lui, si la société ne partage pas sa vision, ce n’est que pour de mauvaises raisons, paresse intellectuelle, consumérisme etc. Avouons-le, nous pensons tous plus ou moins que la société devrait fonctionner selon nos propres règles. Cela dit, on peut s’étonner qu’un enseignant en philosophie tombe aussi facilement dans ce piège qui consiste à croire qu’une loi établie par un consensus rationnel ne peut qu’aller que dans notre sens…

J’ai parlé de danger ci-dessus. En découvrant l’affaire Gleeden, je me suis souvenu d’un commentaire d’un théologien moraliste Thomas Bushlack que j’avais traduit (que j’invite vivement à (re)lire) à l’époque des manifestations contre la loi Taubira. Sa thèse est la suivante : les militants catholiques qui font appel à la puissance publique pour imposer leurs idées ont une vision profondément erronée de la tradition morale catholique et favorisent paradoxalement l’idée hégélienne de l’Etat comme lieu de pouvoir et de vérité : ce qui est vrai est imposé/reconnu par l’Etat (catholique), et l’idée de vérité morale reconnue par discernement individuelle/en commun est évacuée. Ainsi, FX Bellamy et ses amis ont une vision propre de la liberté d’expression et récusent toute légitimité à une approche différente. Ils ne souhaitent pas le débat, ils veulent in fine forcer les gens à penser comme eux.

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Un commentaire pour Une brève remarque sur un article de FX Bellamy à propos de Gleeden

  1. Alberto Rostat dit :

    De toute façon, Bellamy se contredit en dénonçant d’un côté les dangers d’une liberté d’expression sans limites et de l’autre les supposées contraintes exercées sur ceux qui critiquent Gleeden ou « l’humour corrosif » (je suppose qu’il fait allusion à Charlie Hebdo). C’est la preuve que les limites à la liberté d’expression qu’il semble appeler de ses voeux sont bien celles qu’il considère lui comme justes.

    Ps. J’écris « les supposées contraintes exercées sur ceux qui critiquent Gleeden ou l’humour corrosif » car personnellement je n’ai pas vu l’État censurer ni ceux qui critiquent Gleeden ni ceux qui n’aiment pas Charlie Hebdo et le disent.

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